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    L’Essonne invente le service public de l’aide sexuelle

    Ce type d’assistance, illégal en France, pourrait être proposé à des personnes handicapées par le conseil général.

    FLORENCE MÉRÉO | Publié le 21.03.2013, 07h27

     

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    Des « témoignages électrochocs ». Comme celui que lui a livré cette maman, en plein désarroi face aux premiers émois sexuels de son adolescent tétraplégique. C’est le point de départ de la réflexion de Jérôme Guedj, le   du conseil général de l’Essonne, qui prône aujourd’hui « une intervention solide de la puissance publique sur la question de la sexualité des personnes handicapées ». 


    Dans le département qu’il préside, l’élu travaille à la mise en place du premier service public de l’éveil à la sexualité. Une aide qui se ferait via les services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS), ces structures médico-sociales pour les adultes handicapés financées par le conseil général et gérées par des associations. Des salariés volontaires de ce service, après avoir été formés, pourraient pratiquer une forme d’assistance sexuelle. « Uniquement pour les personnes lourdement handicapées qui n’ont pas la maîtrise de leur corps », précise Jérôme Guedj, qui a fait inscrire la notion « d’assistant sexuel » dans le schéma départemental en faveur des personnes handicapées qui sera voté lundi.

    Un rapport en 2011 préconisait sa légalisation

    « Cette initiative, une première en , me paraît très intéressante, se réjouit Pascale Ribes, vice-présidente de l’Association des paralysés de France (APF). Il y a un véritable déni de la dimension sexuelle des personnes en situation de handicap. Cela empêche beaucoup d’entre elles de se construire en tant qu’être humain sexué. Qu’une collectivité dépasse ainsi les tabous et tente de répondre à la problématique, c’est très encourageant. L’éveil sexuel, cela passe aussi bien par l’approche de la nudité que par le toucher, les massages et l’acte en lui-même », décrypte-t-elle.

    La question de l’assistance sexuelle revient régulièrement dans le débat en France. En 2011, le député Jean-François Chossy (UMP) a rendu un rapport préconisant sa légalisation. Actuellement au cinéma, le film « The Sessions », de Ben Lewin, traite sans tabou ce sujet. On y suit avec humour et tendresse le parcours du poète Mark O’Brien, qui, à 38 ans, perd sa virginité grâce à Cheryl, une incroyable assistante sexuelle.

    Face à la complexité de cette question, Jérôme Guedj sait qu’il lui faudra jongler avec les subtilités juridiques. Si aux Pays-Bas, en Suisse, au Danemark, en Belgique et dans certains Etats américains, l’assistance sexuelle est légale, en France, elle est considérée comme une forme de prostitution. Et tout système d’organisation autour d’elle s’apparenterait à du proxénétisme. C’est pourquoi le député insiste sur la non-rémunération de l’activité.

    Mais le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui vient de rendre un rapport défavorable sur les assistants sexuels, reste prudent. Le professeur François Beaufils, rapporteur de l’avis, ne veut pas juger l’initiative actuelle, mais rappelle que d’autres problèmes que celui de la marchandisation du corps se posent. « Le fait de se livrer à ce type d’activité peut perturber de manière très forte et la vie affective de la personne handicapée et celle de la personne qui l’assiste », craint-il.